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26.2.15

SOIN DE LA CRÉATION, JUSTICE ÉCOLOGIQUE ET ÉTHIQUE

"Vers la COP21 : la société civile mobilisée pour le climat"
Réflexions du Patriarche Œcuménique Bartholomée
Musée national de Manille, le 26 février 2015


Mesdames et Messieurs les participants du forum,

Certains d’entre vous seront sans doute surpris qu’un responsable religieux, s’intéressant davantage aux choses « spirituelles », accompagne un responsable politique engagé sur les questions dites « séculières ». Après tout, qu’est-ce que la protection de la planète peut bien avoir à faire avec le salut des âmes ? Il est largement admis que le changement climatique et l’exploitation des ressources naturelles sont des sujets qui concernent davantage les scientifiques, les spécialistes et autres politiciens.

Pour autant, la préoccupation de la plus haute autorité spirituelle de l’Église orthodoxe dans le monde, à savoir le Patriarcat œcuménique, a démontré qu’avec la crise écologique il ne peut y avoir deux manières de considérer le monde : l’une religieuse et l’autre laïque. Nous ne pouvons séparer notre préoccupation à l’égard de la dignité humaine, des droits de l’homme ou de la justice sociale, de celles à l’égard d’une préservation écologique durable. Ces préoccupations sont interdépendantes et s’entrelacent dans un mouvement à la fois ascendant et descendant. Si nous considérons la valeur de chaque personne en tant que cette dernière est créée à l’image de Dieu, et si nous considérons la valeur de la moindre particule de la création de Dieu, alors nous prendrons soin de notre prochain et de notre monde. Nous dirions en termes religieux que la manière dont nous sommes liés à la nature reflète directement la manière dont nous sommes liés à Dieu et à notre prochain dans l’humanité, de même que la manière dont nous sommes liés à la biodiversité de la création.

L’enjeu ne consiste pas seulement à respecter la biodiversité, mais il s’agit de notre survie elle-même. Les scientifiques ont calculé que les populations les plus touchées par le réchauffement climatique dans le futur seront aussi les plus vulnérables et les plus marginalisées. Ainsi en est-il de ceux qui vivent sous la menace des typhons aux Philippines. Ils doivent non seulement faire face à la misère, à leurs maisons inondées et à une perturbation prolongée, mais aussi accomplir des changements particulièrement fondamentaux dans leur mode de vie. Il y a là une injustice particulièrement amère, car ceux qui souffrent le plus des pires ravages ont le moins contribué à leur avènement. La crise écologique est donc directement liée à l’enjeu éthique devant permettre l’élimination de la pauvreté et la défense des droits de l’homme. La sécurité alimentaire fut la question centrale abordée lors des discussions onusiennes sur le changement climatique qui ont eu lieu à Genève ce mois-ci.

Nous sommes convaincus que l’Asie possède de nombreuses réponses en faveur d’une vision globale qui replacerait la nature au centre, d’une vision globale biocentrée. Les nations occidentales industrialisées doivent faire preuve d’humilité afin d’écouter et apprendre. Il y a seulement quelques jours, en Inde, les responsables de la santé publique du monde entier ont conclu que le pétrole agit au détriment de la santé humaine et du bienêtre. Et les Philippines – déjà à la pointe de la géothermie et de la puissance hydraulique – sont engagées sur un chemin allant de peu d’émission de carbone à zéro émission de carbone dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Cela signifie que le réchauffement climatique est bien une crise morale, voire un enjeu éthique. La dignité et les droits des êtres humains sont intimement et intégralement liés à l’œuvre créatrice et – nous osons le dire – aux droits de la terre elle-même. Les droits de l’homme en Occident ont longtemps été critiqués pour leur individualisme. Reconnaitrons-nous le visage de ces milliers de vies perdues – hommes, femmes, mères et enfants, séniors et handicapés – lorsque le typhon Yolanda a frappé Guiuan à 4 heures 40 du matin, le 8 novembre 2013 ? Ce jour-là, par providence ou par accident, notre Église célébrait la fête des saints anges. Nous souviendrons-nous des photos qui hantent ce cauchemar ? Le nombre de morts nous horrifie – mais ce qui touche le plus douloureusement nos sentiments sont ces visages figés par la terreur.

Mais qu’en est-il des droits de la terre – à laquelle nous participons et en dehors de laquelle nous ne pouvons exister ? Qui parlera au nom des ressources de notre planète qui sont sans voix ? Qui protégera la diversité silencieuse de ses espèces ? Allons-nous accepter la responsabilité de pousser notre environnement vers un point de non-retour ?

Au cours des discussions concernant le changement climatique, certains se complaisent dans une attitude fataliste, déclarant que nous devons abandonner tous les efforts devant prévenir d’autres changements et à la place diriger nos efforts vers l’adaptation devant ce qui semble inévitable. Mais la réponse de ceux qui font l’expérience des effets du changement climatique est claire : il ne suffit pas de s’adapter. Des changements fondamentaux ont besoin d’être entrepris en ce qui concerne l’élaboration d’une politique mondiale, et ce de manière urgente.

Les pays riches et industrialisés ont contribué indiscutablement à la pollution atmosphérique. Dans notre effort à contenir et renverser le réchauffement climatique, nous devons nous demander honnêtement : serions-nous prêts, en Occident, dans les pays les plus riches,  à sacrifier notre égocentrisme et notre consumérisme ? Sommes-nous prêts à porter notre attention de ce que nous voulons vers ce que le reste du monde a besoin ? Face à la multiplication des faits et des statistiques, des sommets et des débats, il est essentiel pour nous de rappeler le visage humain de ceux qui souffrent à cause de l’instabilité climatique. Allons nous reconnaître et assumer notre responsabilité en laissant une empreinte plus légère sur cette planète pour eux et pour le bien des générations futures ? Nous devons choisir de prendre soin ; dans le cas contraire, nous ne prenons pas véritablement soin du créateur ou de la création.

Tel est notre choix ! Nous nous trouvons à un instant critique dans l’histoire et le futur de notre planète, à un instant où notre famille humaine doit choisir le futur de notre communauté planétaire. La protection de la vie sur notre planète et de sa diversité est une mission sacrée et une vocation commune. Au cours d’un sommet organisé par notre Église, il y a deux ans, le professeur James Hansen, ancien scientifique de la NASA en charge du climat, observait : « Nos parents ne savaient honnêtement pas que leurs actions pouvaient blesser les générations futures. Mais nous, ceux de notre génération, nous ne pouvons que prétendre que nous ne savions pas. »

Il n’est pas trop tard pour agir, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. Nous ne pouvons certainement pas nous permettre de ne pas agir du tout. Nous sommes tous d’accord sur la nécessité de protéger les ressources naturelles de notre planète, qui ne sont ni illimitées ni négociables. Nous sommes tous parties prenantes de cette question : les croyants doivent pratiquer ce qu’ils prêchent, les citoyens du monde doivent clairement faire entendre leur opinion, les responsables politiques doivent agir de toute urgence et de manière décisive.

Chers amis, vous aurez apprécié la raison pour laquelle un responsable religieux est préoccupé par la crise écologique. Grâce à la voix de ces anges qui sont morts durant le typhon Yolanda dont l’écho résonne jusque dans nos oreilles, nous devons porter un appel aussi fort que possible en faveur du changement et de la justice au cours de la conférence climat qui se tiendra à Paris en décembre. Il en va d’une impérieuse obligation éthique. Tel est le message de promesse et d’espérance que nous devons porter au monde entier.

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